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  • Après Mai (le film)

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    J’ai à peu près le même âge que Assayas, dont le héros du film, double probable du réalisateur, est lycéen en 68. Je peux témoigner que je retrouve l’ambiance, le style architectural du lycée de banlieue de Brunoy , (qui ressemble terriblement à celui que j’ai fréquenté à Champigny),  les AG des Comités d’Action Lycéen, les manifs (encore que les voltigeurs, ces CRS chargeant en moto, me semblent être apparus plus tard), la politique qui fait son entrée au bahut, les affiches, les graffitis, les rêves, les ciné clubs, les arts, la musique, la drogue qui circule, l'évolution des moeurs qui fait se libérer les désirs….
    Et puis, en avançant dans le film, une profonde différence se fait jour : Olivier Assayas, qui est (réellement) le fils d’un scénariste de télévision (le père, Raymond Assayas a adapté, entre autres, Maigret avec Souplex), vit dans un pavillon familial qui ne ressemble pas à celui de mes parents, à commencer par les murs qui sont couverts de livres et les épaisses moquettes au sol…le mérite du film est de bien faire ressentir, peut être insconsciemment,  que tout cela n’était qu’un carnaval, que le peuple était absent, que cette mascarade à laquelle on a cru, était aux mains d’une certaine forme d’élite… on sent que cette révolution était bourgeoise, que les codes étaient, malgré les slogans, ceux d’une certaine classe, qui n’est pas issue du prolétariat…et puis, il y a les vacances à l’autre bout du monde, comme Kaboul, les études qui ne sont pas celles du commun des mortels (Les Beaux Arts, les Arts déco…), les copains, dont les plus vulnérables se retrouvent victimes,  les contacts à New York, Londres,  les relations avec le milieu de la presse, par un père, certes contesté, mais ouvrant les portes de l’ORTF à son fils, comme assistant stagiaire…

    Bref, si 68 était effectivement ce que filme Assayas, alors, sûr qu'on s’est tous planté et l’histoire l’a prouvé…l’ascenseur social ne fonctionnait déjà pas, (et 68 n'a rien changé, au contraire), annonçant l’amplification des écarts à venir, la CGT de Séguy à l’époque, avait raison de se méfier des étudiants, tout comme Mitterand, lui même, qui voyait la dedans une révolte de petis bourgeois cathos avant d'essayer de récupérer le mouvement à son avantage...Tout cela montrait que le phénomène n’était pas si profond qu’on l’a dit, d’ailleurs, il aura suffit d’une discours du Grand Charles et de l’arrivée des vacances d’été pour faire rentrer tout le monde (ou presque) dans les rangs. Seuls les ringards peuvent être nostalgiques de cette époque, car le pouvoir qui se transmet entre générations est plus fort que les ideaux…et le film Après Mai n’est qu’un beau livre d’images d’un intellectuel brillant, bien éduqué...et tant mieux pour lui, bien né.