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Livre - Page 12

  • A la manière d'Annie Ernaux

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    Annie Ernaux raconte ses courses chez Auchan, aux Trois Fontaines à Cergy, dans le Val d’Oise où elle habite. Elle s’inscrit dans cette nouvelle tendance, initiée par Pierre Rosanvallon,  qui consiste à faire parler les "invisibles", une nouvelle forme de « sociologie » à la française, se démarquant de toute démarche scientifique rigoureuse, mais voulant donner la parole à ceux qui ne la prennent pas beaucoup…

    Moi, je pourrai évoquer les chiens et leurs maitres….on apprend beaucoup de choses en croisant, lors des sorties pipi, les maîtres, où le type de chien semble très révélateur du propriétaire…je m’amuse par exemple beaucoup, moi, le grand gaillard de plus de cent kilos, en rencontrant des dames toutes menues qui possèdent de plus en plus d’énormes chiens, qui viennent renifler ma petite chienne de moins de dix kilos…

    il y a des maîtres qui encouragent les rencontres de dogs, ceux qui en profitent pour engager la conversation avec vous ("c'est un garçon ou une fille ?"), ceux qui ont peur et protège leur chiot des sales bêtes prolétaires, ceux qui vous toisent en couple, ceux qui sont pressés et qui tirent sur la laisse de leur compagnon, qui lui veut sentir un peu ses semblables, ceux qui prennent du plaisir à faire peur avec leur molosse…c'est qu'il y a aussi une hiérarchie chez les bestioles à quatre pattes... 

    Plus sérieusement, les conversations avec les vétérinaires sont pleines d’enseignement…la précarité, ou simplement les moyens modestes,  font que beaucoup de gens attendent souvent trop tard pour faire soigner leur chien…on fait de moins en moins de prévention, trop cher…il y a aussi cette solitude désespérée de notre société, qui fait qu’on reporte sur la bête toute une affection qu’on ne donne plus à personne.. et cela à tout âge, dans tous milieux…je me souviens d’un jeune véto de SOS vétérinaire, débarquant à la maison un WE, avec son énorme sac sur le dos et sa grosse valise d’instruments, équipé comme un urgentiste du SAMU et qui soufflait un peu avant de repartir, démoralisé par la misère affective et une certaine forme de folie, qu’il rencontrait chez les humains dans ses interventions, souvent des célibataires pour qui le cabot est l’enfant qu’on n’aura pas…. Un autre, tout dernièrement, me faisait part de ses gardes de nuit, où les gens appellent surtout au téléphone, pour savoir si ils peuvent tenir la bête jusqu’au lendemain matin, prendre conseil, se rassurer, entendre simplement une voix peut être, pour calmer leur angoisse, tout en évitant de payer une consultation surtaxée, sans se déplacer…ce même vétérinaire, expert en Cour d’appel en Province, me disait qu’il rencontrait de plus en plus d’affaires en campagne, où les gens veulent profiter du décès de leur mâtin ou de leur troupeau pour essayer de récupérer du fric avec un voisin, qu’on accuse à tord d’acte d’empoisonnement… 

    Il me revient aussi une jeune praticienne, qui avait du respirer chez moi, une certaine aisance financière et qui me facturât dix euros pour vider les glandes anales de mon toutou, en plus de la consultation (une minute pour mettre un doigt dans le cul du canin), ainsi que dix euros de supplément pour faire une piqure (le produit est encore en sus, bien sûr)…j’espère que c’était pour la bonne cause, histoire de faire payer ceux qui peuvent, pour faire des cadeaux à ceux qui n’ont pas de gros moyens…car ne soyons pas niais, en médecine animale comme en médecine humaine, les toubibs  peuvent s’enrichir, sous prétexte de rassurer ou de faire pro, avec des appareils permettant des examens de plus en plus sophistiqués… et parfois peu utiles ou mal faits…par exemple, tous les vétos ne sont pas obligatoirement de bons radiologues, c’est un métier, il faut savoir placer le corps du chien sous l’objectif pour y voir quelque chose avec des organes souvent tout petits, idem pour les échos...…à 50 € le cliché, on ne va pas recommencer deux fois, sachant que, comme pour les hommes, les plus jeunes diplômés sont souvent plus derrière leur écran qu’à l’écoute du patient, pardon, du maître et de son chienchien…

    Et puis, il y a aussi une forme d’injustice…on trouve des médicaments génériques moins chers aussi pour les animaux, mais évidemment, ils sont généralement peu enclin à susciter un désir d’appétence chez le clebs, également plus gros à avaler que les princeps, et du coup, le gaillard n’est pas toujours d’accord pour avaler le bonbon…c’est donc plus dur de le soigner, voire impossible…

    Et enfin, n’oublions pas la toiletteuse, qui voit d’année en année, son chiffre d’affaire baisser, les visiteurs espaçant les tontes, même si elle me reporte que des mémés se privent souvent de manger pour entretenir bien leur compagnon…voyez, on peut faire de la « sociologie » au quotidien, en écoutant et en observant ce qu’on refuse souvent de voir…et pourtant, il y a beaucoup à apprendre…et je ne me moque pas, je donne bien à mon toutou des pots bébé aux légumes, que je mélange avec la bouffe industrielle, faite de carcasses concassées et de viscères bouillies, en qui j’ai une confiance moyenne…tous malades ? ou curieuse  évolution du monde ?