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21/06/2014

L'illusio*

Comment fait-on de la politique ailleurs ? Bonne question, qui m’a poussé à suivre intégralement le cours MOOC de Sciences Politiques, proposé par l’Université Catholique de Louvain, en Belgique…j’avais suivi préalablement un cours du même type, à Sciences Po Paris…il est intéressant de comparer les deux approches :

Sur le plan de la forme, tout d’abord, alors que la charte  de ces cours est identique pour tous les pays, le cours français est mono intervenant,  alors que le cours belge fait appel à plusieurs ressources et sort des locaux de l’université pour donner la parole à un député Vert européen, un Président de lobbying à Bruxelles, un syndicaliste de CES (Confédération Européenne des Syndicats), un journaliste trainant souvent ses guêtres du côté de Berlaymont (siège de la Commission Européenne), en proposant aux étudiants d’analyser avec une grille de lecture, les extraits.

En France, même si Bertrand Badie, le prof qui fait le cours, est très charismatique et passionnant, on sent que l’approche est très solennelle, un brin pontifiante, d’ailleurs le cours est une captation en amphi, alors qu’en Belgique, le vocabulaire, la relation, tout est plus simple, et les intervenants, qui sont face caméra, se référent à des schémas réalisés sur palette graphique. En France, on sent que ces nouvelles technologies sentent le souffre pour nos grands intellectuels, au mieux on utilise des cartes, préparées probablement par des petites mains.

Sur le plan du fond, en France, on sent la distance et l’air révérencieux, chers  à nos  diplomates…en Belgique, le pouvoir semble exercé de manière plus dépouillée et plus consensuelle. Au Parlement Européen, pour beaucoup de députés, on sait qu’on est désigné comme représentant du peuple et chacun essaie de faire au plus juste, selon sa conscience et non ses convictions ou la ligne du parti, afin de trouver des compromis nécessaires.

Notre pays pense souvent qu’il est à la pointe en matière de démocratie (égalité, égalité, tu parles), alors que je pense qu’on est très immature, avec nos rapports de force. C’est que le bon peuple fait souvent ses choix en fonction de critères peu rationnels, loin de l’esprit des Lumières : « J’espère que Sarkozy va revenir au pouvoir, parce que lui, au moins, il en a dans le pantalon » ou « je suis de gauche, parce qu’à gauche, on n’est pas comme les bling bling de droite, on a le sens de la collectivité, on veut que chacun ait sa place, on lutte contre l’individualisme ».

 Bien sûr, on saura objecter que flamands et wallons ont bien du mal à vivre ensemble, qu’en  Angleterre, les écossais veulent leur indépendance à cause de leur pétrole qui leur donne des airs d'Emirat, que Cameron est loin de faire l’unanimité,  et qu’aux Etats Unis, les conservateurs reprochent à Obama sa méthode jugée trop laxiste « comprendre avant d’agir, convaincre plutôt que dicter, négocier plutôt que frapper »…

Certes, rien n’est simple, mais bon, je crois quand même, qu’on pourrait faire de gros efforts, au moins pour poser les problèmes, de façon réaliste et un peu moins passionnelle, en sortant un peu de ces positions partisanes, trop souvent superficielles, dogmatiques, et violentes,  où la censure revient en force sur internet (et que je bloque ton compte, et vas y que je te modère tes commentaires, et vas y que je supprime ce qui est dérangeant), et où la stigmatisation  se retourne contre ceux qui la dénonce (« un extrême droite ne doit  pas être fréquentable »), autant de pratiques, qui ne font pas honneur à notre démocratie.

* L'illusio est un terme introduit par Bourdieu « l’illusio, c’est le fait d’être pris au jeu, d’être pris par le jeu, de croire que le jeu en vaut la chandelle, ou, pour dire les choses simplement, que ça vaut la peine de jouer. »

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