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10/03/2015

Le dictionnaire amoureux du journalisme, un livre de Serge July

 

livre,libéralisme

J’avais un peu peur avant d’attaquer ce gros pavé de 900 pages, rédigé avec des articles plus ou moins longs suivants les lettres…mais le choix des mots de ce dictionnaire est subtil, et les notes qui les accompagnent souvent passionnantes…c’est quand même très teinté Libération, on ne peut pas parler de dictionnaire du journalisme en général (même s’il y a des billets sur des personnages ou des événements historiques liés à la presse, qui n’ont pas appartenu au journal de la rue Béranger).

J’ai quand même un faible pour tout ce qui touche d’assez près le fameux quotidien justement, et à son cheminement souvent chaotique, son état d’esprit  curieux et ouvert à tout, et donc, aux articles consacrées à July, Libération, Duras, Sartre, Mai 68, 1973, Mitterrand (et Mazarine)…on ne trouve ni les mots Socialisme, Gauche, Jospin ou Hollande (surtout pas !), dans ce dictionnaire, mais par contre un assez long item sur « Libéral Libertaire », révélateur ?  On apprend d’ailleurs que July se revendique comme tel depuis la création du journal mythique, qui n’est, malheureusement aujourd’hui, plus ce qu’il était avant 2006. July en donne une explication, liée au principal actionnaire actuel, Edouard de Rothschild, qui eut l’audace de déposer la Direction un an après son rachat (et donc provoqué le départ de l’auteur et d’une bonne partie des piliers, comme Aubenas ou Debaecque, le biographe de JL Godard), même si July reste très politiquement correct « je suis toujours heureux chaque matin, que le journal  paraisse »… à moins que cela soit très langue de bois, vu ce qu’il écrit sur ce qu’est devenue la France depuis le rejet du référendum de mai 2005, à la rubrique « Populisme »…tous égaux pour se rouler dans la médiocrité, chier sur l’Europe, les élites, le libéralisme, vraiment, July n’épargne pas les coups de pattes à ce que sont Politique et presse aujourd’hui, égratignant sans ménagement une extrême gauche ringarde formée à Attac, et un ex PM socialiste….

Libé qui à l’heure actuelle, est de mon point de vue, un peu trop réservé à une cible parisienne surdiplômée quadra assez aisée, que certains nomment bobos (le terme est absent du dico de July) ; il n’est plus le journal décalé, engagé, rassembleur de communautés, traversant les classes sociales, libertaire, créatif, visuel (l’Agence  Vu de photographes fut associée en 86 à Libé pour valoriser l’image, puis cédée en 97 à un groupe de Design visuel), proche comme le dit son papa spirituel, de jadis Charlie Hebdo ou de Actuel cher à Bizot, à qui July rend largement hommage dans le livre (en particulier, dans  un chapitre sur ce champion des nuits blanches de la belle époque du Palace, et de la contre culture underground)…rien à voir avec les Inrocks (pas de trace non plus de ce mot dans le dictionnaire) du « punk » Pigasse, qui rode comme une mouche à merde, pour ajouter Libé à son palmarès, Inrocks que je trouve très faux social mais vrai snob…il reste pour moi, toujours des journalistes intéressants à Libération, comme Quatremer, que j’apprécie assez, mais je regrette un certain piquant que je ne trouve plus, il me semble que c’est devenu un canard assez banal, un machin « normal » , un concept, pardon une marque à la ligne éditoriale assez flasque, plutôt centre gauche un peu coincée, avec sa version numérique et autres bidules associés genre Next, (le supplément culture, un mixte entre Télérama et le fig mag) , sortant peu de l’ordinaire, prenant peu de risques….
J’ai eu l’impression, lorsque la rédac (assez fonctionnarisée je trouve, probablement trop d'AUTEURS - appelez-moi auteur, j'ECRIS à libé - ont le cul derrière un écran faisant pile leurs 35 heures) est rentrée en conflit avec Demorand lors de la grève d’il y a un peu plus d’un an, qu’ils avaient par contre,
un peu la grosse tête - j'ai un Master en sciences politiques et ma mère est chargée de mission auprès de Ségolène Royal, alors museau bonhomme, respect STP - . Question de génération, on va dire….

Mais bon, tout passe, puisque c’est la mode…place aux générateurs de buzzs, aux fédérateurs de followers, place à la séduction des consommateurs sociaux déms teintés réactionnaires….eh oui, l’image de l’infirmière féministe, clope au bec, un verre en pyrex de nescafé à la main, avec son Libé sous le bras, a cédé la place aux lecteurs genre Dirs Coms ou DRH, en costard gris souris avec Iphone collé à l'oreille….aux suivants !

July, vu par ma pomme

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