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03/06/2015

La révélation d'Ela - un film turc sorti cette semaine

film, cinéma, films

C’est un film sur la peur …la peur de changer de vie, la peur des éléments (tremblement de terre), la peur des autres, la peur du déclassement…

 Elle est artiste, plasticienne et photographe…elle erre dans le brouillard de la Turquie enneigée et de ses installations colorisées, qu'elle peine à vendre...

 Lui est architecte, il construit, il fait des appartements, des boites …c’est fonctionnel, design, chic, on se croitrait à Lausanne, New York ou Londres…mondialisation oblige.

 Tout est étanche et froid cet hiver là, à Istanbul dans leur quartier chic…comme leurs vies…chacun est dans son monde, dans son projet, elle performe, lui reconstruit et rénove…ils se parlent peu, si ce n’est pour échanger sur le quotidien, pour se dire qu’on va sortir, rentrer tard ou pour discuter d'aménagement..

 Quels que soient les fractures et les accidents de leur vie de couple visiblement mise à mal, on ne bronche pas, on ne crie pas, on ne pleure pas…seul le corps encaisse (ou pas)…le couple sort un peu de son jeu social, quand ils se rendent à l’extérieur, à Ankara chez leur fille, ou quand l’architecte, Can,  visite Van à l'est, en territoire kurde, une ville saccagée par un séisme…néanmoins, même au milieu des ruines, Can se protège, hésite à rencontrer des réfugiés ou à aller à la soupe populaire…elle aussi refusera finalement de déménager vers un autre quartier moins huppé...le statut social est un rempart, un bouclier…

 Réalisée par une jeune réalisatrice de 40 ans, qui partage son existence entre Berlin et Istanbul, ce film rappelle les univers d’Antonioni…l’incommunicabilité…

 J’aime assez, cela change un peu des films d’hystériques genre Mommy ou la Tête haute…Vous croyez que Lindon et sa compagne rayonnent de bonheur dans la Loi du Marché, alors qu'ils sont submergés par les difficultés économiques avec un enfant handicapé ? Pour moi, il n'y a pas photo, comme dans la séquence de stage de danse du film de Brizé, où le chômeur et son épouse assez coincée, ont du mal à oublier le poids qu'ils ont sur les épaules...car qu'est ce qu'un couple sur la durée ? C'est 5 % de complicité et 95 % d'ennui et de banalités, regarde autour de toi, alors si en plus, il faut se débattre dans des galères  infernales ….pourtant, nos vieux critiques français majoritairement ne semblent pas aimer Ela et sa révélation : pas assez d'émotions, de contestation sociale, de bons sentiments populistes probablement…question de milieu aussi peut être, en France, maintenant, si tu ne fais pas un film de pauvres, c’est que tu es un sale bourgeois individualiste, hautain et peu fréquentable…cette normalisation est pour moi aussi une forme de peur, la peur d'être différent de la masse, la peur d'être seul contre tous, un aveuglement teinté de niaiserie. pour se rassurer avec des mots qui touchent le cœur..finalement, chacun fait son tri et s'enferme dans son univers...Houellebecquien !

 

22:00 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film, cinéma, films

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