Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28/12/2015

Personnage de l'année : Varoufakis

En cette fin d’année, je ne me lancerai pas dans des rétrospectives sur l’année 2015, je laisse cela aux journalistes, qui ne se privent pas de rappeler les attentats de début et de fin d’année, la crise grecque, la crise des réfugiés, la dislocation de l’Europe, le nationalisme et la montée des extrêmes droites, etc…

Par contre, j’ai envie de parler d’un personnage qui m’a beaucoup marqué en 2015, quelqu’un qui m’était totalement inconnu il y a un an et sur lequel j’essaie de lire tout ce que je trouve : livre, articles de presse anglaise, allemande et grecque, blog, interviews lors de ses passages en France…bref, je veux parler de Varoufakis, le prof d’économie mondialisé qui a occupé six mois le poste improbable de ministre des finances avec Syriza, sans jamais prendre sa carte du Parti Radical, « un drame shakespearien » comme il qualifie lui-même cette période…peu politique, le personnage que les gauches tentent de récupérer, a sa liberté de parole qui ne fait pas toujours l’unanimité dans les partis traditionnels (Montebourg, Mélenchon, Médiapart tentent de le mettre à leur sauce, tout comme Corbyn le leader travailliste bien à gauche en GB, dont on a été jusqu’à dire que Varoufakis était son conseiller, ce que Yanis dément formellement)..

Car le bonhomme n’a pas sa langue dans la poche, on dit même qu’il parle trop…pour lui, la crise grecque est la plus grave de l’histoire de l’économie contemporaine, entre une troïka, qui a fait usage de sa force pour surtout défendre l’euro et un Tsipras pris au piège de ses promesses intenables…  « un grand échec pour la Gauche », a-t-il déclaré au Guardian le 24/12…

Depuis, il écrit, « sa thérapie », donne des conférences aux USA, en Angleterre, en Allemagne où il fait salle comble à chaque fois, parlant couramment anglais, vivant aujourd’hui du fruit de ses interventions, et partant  parfois prendre du recul auprès de sa fille en Australie ou avec son épouse (artiste internationale, ayant réalisée des installations dans des déserts et pour combattre tous les murs-frontières  construits dans le monde ) sur son ile grecque…il  envisage de lancer un nouveau parti européen en février 2016, ne croyant plus du tout aux partis nationaux pour résoudre les défis à venir : immigration, crise financière, emplois, extrême droite, gestion des ressources écologiques, etc…

Plusieurs choses m’ont particulièrement interpellé chez lui. D’abord, sa grande culture internationale, qui lui permet d’avoir une vision plus élevée que celle de nos politiques, le fait de chercher des solutions sans nier l’Europe, ni l’économie libérale (ce qui n’est pas du tout la position d’une N. Arthaud, également prof d’économie, dont je me demande souvent ce qu’elle enseigne), de bien connaitre la théorie des jeux (de plus en plus utilisée pour construire des scénarios en économie et en matière de politique écologique) et l’informatique…enfin, c’est un excellent pédagogue, ce qui n’est pas négligeable à mes yeux. Pour lui, l’informatique, pur produit capitaliste, peut seul tuer le capitalisme.

L’un de ses axes de réflexion, qui me touche, (je l’ai beaucoup ressenti dans ma carrière sans pouvoir le formuler comme lui) se situe autour de la remise en cause du capitalisme pour gérer les ressources humaines. Il croit que les lois du marché s’appliquent sans problème aux matières et aux biens matériels (encore qu’il faudrait s’attaquer à la spéculation), mais il pense que Marx lui-même n’a pas bien compris à quel point la relation vendeur salarié était source d’inégalités et de rapports de force. Prenons un exemple pour illustrer le propos.

Imaginons un vendeur de tapis dans un souk, qui propose son produit à 2000 €. En fait, imaginons que le tapis coûte 200 € en matière première auquel s’ajoute 500 € de salaire pour rémunérer normalement la femme qui a tissé le tapis. S’il le vend 2000 €, le vendeur empoche 1300 € de commission. Par contre, si le client négocie dur, par exemple, en topant à 1000 €, le vendeur ne devrait plus empocher que 300 € de com. Hors, dans la réalité, le vendeur a tendance à faire pression sur les petites mains, pour renier sur son salaire (alors qu’elle n’y est pas pour grand-chose), afin de minimiser ses pertes et pour ramener son bénéfice à la plus haute valeur possible.

Cela se passe tous les jours comme ça dans les entreprises, grande ou petite, et même dans les Coop, où finalement le vendeur fait souvent ce qu’il peut et ce qu’il veut (exemple de My Ferry Link). On atteint des paroxysmes d’immoralité avec des enchères à l’envers sur internet, un truc qu’EDF a introduit en France dans les années 2000, pour acheter du service le moins cher possible à ses fournisseurs, ce qui est une pratique honteuse, qui ne crée que de la précarité chez les sous traitants, où le plus fort (EDF) fait pression pour conserver l’équilibre dans ses comptes au détriment des petits.

Varoufakis croit que seul le numérique, comme on le voit avec l’uberisation des échanges, pourra « moraliser » un peu plus les échanges commerciaux, en minimisant le rapport de force des intermédiaires. Il croit aussi que des logiciels complexes pourraient permettre d’utiliser plusieurs monnaies en parallèle, afin de différencier les échanges planétaires et les échanges locaux.

Bref, le bonhomme ne manque pas d’idées, dont peu en fait sont relayées par les élites de gauche et d’extrême gauche, qui n’arrivent pas à s’extraire de leurs stratégies politiciennes. Sombre ? Utopique ? je ne sais pas, en tous cas, Varoufakis, qui a fait beaucoup jaser, en refusant de porter la cravate dans les tables rondes européennes, pour rompre avec la langue de bois des Hauts Fonctionnaires, que Hollande, Moscovici ou Sapin manient comme des experts (tous des énarques, Juppé même combat), en utilisant des multiples langages en fonction de leurs interlocuteurs, pour tromper au final leurs électeurs. Certes, ce n’est qu’un symbole, et cela n’a pas empêché Tsipras de trahir son peuple, mais bon, c’est un début, un chemin vers le renouvellement de notre manière de vivre, laissant large place aux initiatives, aux créateurs, aux ONG, avec des outils de notre temps…ce ne serait sûrement pas parfait comme révolution, en tous cas, c’est une petite lueur, dans un univers plutôt glauque et un espoir pour une jeunesse laissée pour compte….comme il le dit « une troisième voie pour ceux qui ne veulent ni d’un retour au cocon de l’Etat Nation ni se soumettre aux politiques inefficaces et autoritaires des institutions de l’UE.

Les commentaires sont fermés.