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France de Bruno Dumont au cinéma : Malaise dans la civilisation

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Etrange coïncidence, entre ce jour où sort sur nos écrans le film France de Bruno Dumont, et celui où la presse-nous apprend le décès de Jean Luc Nancy, un philosophe, passionné de théologie, qui a travaillé et écrit sur la fragmentation du monde. Il pensait que nos sociétés migrent, mutent, se transforment avec le progrès et les technologies, et que collectivement, nous tendions plutôt vers l’autodestruction que vers l’harmonie, résumant ce vivre ensemble impossible par une formule à la Lacan « il n’y a rien entre nous ».

Dans le film de Dumont, les médias sont le miroir mais aussi le moteur de cette autodestruction, alimentant chaque jour, au fil des débats interminables sur les chaines en continu, l’archipelisation de nos communautés, amplifiée par son lot de haine et de violence sur les réseaux sociaux, mais aussi dans la rue, entre amis, dans les couples (la moitié des couples de moins de 50 ans envisagent de se séparer depuis le confinement) et en politique, où la démocratie a bien pâle allure.

Tout est fiction, le réel n’existe plus, tout est mis en scène, tout est « communiqué », normalisé, traité et pré mâché par des cohortes de spin doctors …Il y a aujourd’hui sur notre Terre plus de caméras que d’individus, grâce aux smartphones et à la vidéosurveillance, et les comportements des individus se modifient face à ses outils, à qui plus rien n’échappe…J’ai observé cela depuis longtemps dans l’audiovisuel et cela s’aggrave de jour en jour…Du coup, tout se qui est montré sur nos écrans envahissant tout l’espace, apparaît comme de plus en plus faux, générant complotisme et populisme, et le morphing, qui permet de faire faire à un Macron reconstitué plus vrai que nature, une fausse conférence de presse au début du film, va accélérer encore le processus…J’avoue qu’en filmant des animaux dans des champs cet été au pays de Dumont, je me suis même demandé si les animaux eux-mêmes, ne changeaient pas leur comportement, quand une caméra pose ses pieds face à eux, remarquant qu’ils venaient toujours vers moi, fixant l’objectif, et se bousculant parfois comme des gamins, pour être au premier plan sur l'image.

Dumont bien sûr n’y va pas avec le dos de la petite cuillère, l’assistante de la journaliste à succès, (sorte de BHL-Pascal Praud féminin), incarnée par la sulfureuse Blanche Gardin, est d’un cynisme souvent dérangeant, mais qui m’a rappelé tellement de souvenirs professionnels…Quant à l’héroïne jouée par Léa Seydoux, elle mélange le tragique et le comique, son affect semblant se moduler en fonction des sondages, semblant oublier toute sensibilité face à des situations vécues comme la guerre ou des migrants sur une embarcation…

Pourtant, le réalisateur du Pas de Calais, déjà bien récompensé pour sa filmographie passée, catalogué par Libération d’anarchiste de droite et enterré par le Figaro, reste fidèle à sa doctrine un peu mystique…J’ai retrouvé à la fin de France, filmée sur ses sites favoris des plaines d’Ambleteuse, des allusions à ses premières œuvres, comme l’Humanité, la vie de Jésus ou Hors Satan.

Les z’humains de Dumont ne sont ni tout à fait mauvais, ni tout à fait bons, ils sont comme ils sont, imparfaits et mystérieux à la fois, se révélant parfois où on ne les attend pas….car si nous mutons comme disait Nancy, ce n’est pas encore demain que l’imagerie médicale ou une caméra, percera les plus intimes secrets de nos cerveaux variant comme des virus au gré des situations….

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