Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

D'Ernaux à Proust, un parcours qui en dit long sur notre époque

proust.jpg

Ce matin, Ernaux, Prix Nobel, était l’invité de France Culture, pour parler de Proust, modestement Prix Goncourt….particulièrement égocentrique/politique/dangereuse, la Dame de Cergy, qui ne rate jamais de placer lutte/sermon/palabre contre les inégalités, évoquait, sans grande empathie apparente, le Saturnien de Guermantes, qu’elle semblait ravaler à un auteur Dominé (liée à son homosexualité) écrivant sur des Dominants, ces petites histoires peu reluisantes d’aristocratie se faisant bouffer par la bourgeoisie ….

La Dame de Cergy, agrégée et enseignante, qui a écrit des autoanalyses assez pertinentes avant de devenir militante marxiste, devait faire à ses élèves, de biens curieux cours sur Proust, alors qu’elle a rejoint la clique des Prix Littéraires, comme les Frères Goncourt, qui publiaient au début de XXème siècle un journal littéraire – le journal des Goncourt- , que Proust lui-même ne semblait pas trouver grandiose, dans le Temps Retrouvé – la magie illusoire de la littérature- tout en louant – la capacité de quelques rares auteurs à observer au-delà de la surface, la profondeur des êtres et des choses -…

Dans ce même roman, publié en 1927, il écrit (nous sommes à Paris en 1916) :

« A l’heure du diner, les restaurants étaient pleins ; et si passant dans la rue je voyais un pauvre permissionnaire, échappé pour six jours au risque permanent de la mort, et prêt à repartir pour les tranchées, arrêter un instant ses yeux devant les vitres illuminées, je souffrais comme à l’hôtel de Balbec quand les pécheurs nous regardaient diner, mais je souffrais davantage parce que je savais que la misère du soldat est plus grande que celle du pauvre, les réunissant toutes, et plus touchante encore parce qu’elle est plus résignée, plus noble, et que c’est d’un hochement de tête philosophe, sans haine, que prêt à repartir pour la guerre il disait en voyant se bousculer les embusqués retenant leurs tables « on ne dirait pas que c’est la guerre ici » »

Car s’il y a un auteur qui a écrit sur les rapports de classes et leur complexité – les gens du monde, ces insignifiantes personnes, d’après le narrateur - , c’est bien Proust…sauf que Proust, contrairement à Mme Ernaux, n’était pas un révolutionnaire transfuge d’une condition précaire, mais un observateur mélancolique –né trop tard – d’un monde, le sien, en proie au renversement social, qui sombre dans le superficiel, le vulgaire, la cupidité, soit le parcours inverse d’Annie Ernaux ; il savait, et c’était tout son génie, que dans un même instant, dans une même phrase, dans un même paragraphe, on peut naviguer d’une idée l’autre – nostalgie d’une aristocratie jadis idyllique, renonçant aux idées nobles pour sombrer dans la médiocrité - et vu son rang, qu’un engagement politique est dérisoire, comme aurait pu dire Levi-Stauss, qui voyait les rapports de force et de domination, comme la valeur des pièces d’un échiquier, qui se recomposent sans cesse, le fou pouvant en fonction de sa position relative à un instant donné de la partie, avoir plus de poids que la Dame, coincée dans un angle, malgré ses plus petites possibilités…

Et puis ce brave Marcel avait de l’humour, beaucoup d’humour….Madame Annie Duchesne de Yvetot, ex épouse Ernaux , beaucoup moins….

 

Écrire un commentaire

Optionnel