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06/12/2014

D'Assassin's Creed au P'tit quinquin

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Bob est un ancien pilote de chasse de l’armée américaine…aujourd’hui, il raconte à des étudiants en ligne, sur un MOOC, son nouveau job de pilote de MQ1- Prédator, ces drones hyper sophistiqués, manœuvrés à distance, depuis un container situé sur une base secrète de la CIA, en plein cœur des Etats Unis…Bob dit que, contrairement à ce que croient le plus grand nombre, il ne tue pas de manière irresponsable des talibans ou des terroristes à l’aide d’un simple joy stick…comme avant, il participe chaque matin, trente minutes à un briefing destiné à détailler sa mission…comme avant, il s’informe de la météo et établit son plan de vol…comme avant, il  rend compte par radio à son état major de ses observations et comme avant, il communique étroitement avec les militaires au sol qui sont sur place….mais contrairement à avant, où il prenait finalement seul la décision d’appuyer sur la gâchette pour envoyer, si nécessaire un missile si technologiquement abouti qu’il ne ratera pas sa cible, quitte à faire une bavure, il prend maintenant le temps de montrer ses images à un staff, et si besoin, de prendre l’avis d’experts en droit international avant de réduire en fumée des bandes ennemies….le soir, en rentrant chez lui, à quelques miles de la base, il a du mal à supporter femme et enfants, avec leurs petits problèmes quotidiens.... mentalement, il est toujours en train de survoler les monts d’Afghanistan ou les déserts de l’Iraq….

Paul, adolescent de 15 ans, est assis depuis trois heures, devant un grand écran 50’, seul dans le salon, un mercredi après midi…il joue sur sa console à Assassin’s Creed…plongé dans sa mémoire génétique par les concepteurs du war game de type diégétique, il est Arno, transporté dans l'âme du personnage  comme dans sa vie physique (il doit se nourrir, il peut être malade ou blessé, et même mourir)....il se trouve plongé avec un réalisme étonnant,  sur fond de chant du départ, dans les rues de Paris reconstituées à l'échelle, en trois dimensions, pendant la Révolution Française…le sang coule dans les impasses devenues coupe gorge... on égorge l'artisan et le commerçant pour ce qu'ils représentent....brutal et autoritaire, Robespierre entraine ses troupes à anéantir l'ordre bourgeois, au nom de l’idéal révolutionnaire….Paul doit résoudre des énigmes, rencontrer des interlocuteurs plus ou moins louches dans des tavernes, éviter de tomber dans des embuscades ou d'être bloqué par des barricades, et doit identifier qui lutte contre qui, afin de venir à bout de sa mission…il dispose d’outils sophistiqués :  compétences, mode infiltration, qui lui permet d'enfiler la peau de personnages, pour espionner et tromper l'adversaire…il peut également coopérer avec d’autres joueurs via les réseaux sociaux, pour établir des alliances…
Inutile de dire que, quand le téléphone sonne, Paul a autre chose à faire que de répondre à sa mère, qui va probablement encore lui demander  s’il a bien fait ses devoirs sur les droits de l'homme…

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 Arthur (j’ai volontairement modifié le nom du principal protagoniste de cette histoire réelle) est un chirurgien renommé, médiatisé même, qui opère dans le secteur très fermé de la transplantation cardiaque à Paris….ce soir, il est venu se changer les idées, en rejoignant dans un amphi de l’hôpital, collègues et amis de la chaîne humanitaire qu'il a fondé, intervenant pour tenter de sauver des enfants grièvement touchés dans des guerres meurtrières en Syrie ou en Afrique.
Comme chaque premier vendredi du mois, a lieu une conférence sur l’actualité, organisée par l’association, qui invite philosophes, écrivains, sociologues, historiens ou journalistes, pour parler autour d’un thème choisi, avant de laisser la parole à l’auditoire pour des questions. Ce soir là, un ancien gradé de l’armée devenu journaliste, a raconté pendant une heure trente,  sa vision du terrorisme religieux des extrémistes musulmans et livré quelques informations souvent peu connues du grand public. Arthur, qui est un battant, un grand humaniste, un défenseur de justice, ne comprends pas, pourquoi, avec les moyens militaires techniques dont les états occidentaux disposent aujourd’hui, on ne peut pas détruire en quelques jours l’état islamique, en bombardant de manière efficace et définitive…le journaliste est visiblement gêné, par le point de vue un peu simpliste et radical de son interlocuteur néanmoins honorable praticien,  et il tente de lui expliquer qu’on en raye pas de la carte, par simple décision politique, un état, quel qu’il soit, légitime ou pas à nos yeux, parce qu'il ne nous convient pas …

 

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 Le cinéaste Bruno Dumont, est, ce mois-ci, salué par les Cahiers du Cinéma, pour avoir réalisé ce qui est pour eux le chef d'œuvre de l’année 2014 « le p’tit quinquin », une sorte de série policière bien décalée, imprévisible et délirante…Dans Hors Satan, un précédent film du même auteur, un SDF marginal, atteint par une sorte de folie mystique, vivant seul dans une zone marécageuse près de Boulogne sur mer, assassinait sauvagement un homme censé avoir agressé sexuellement une femme aimée par le pauvre bougre, afin de tuer le Mal et de faire justice à sa façon…

La relation possible entre toutes ces histoires ?
A méditer....

 

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